histoire

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Les Solistes de Paris reprirent l'ossature et les musiciens de la formation précédente de l'Orchestre de chambre de Monaco, cette fois-ci dans une optique totalement professionnelle, malgré l'absence de structures financières préalables qui, seules, permettaient à l'époque de faire fonctionner un orchestre de ce type.
En France, Kuentz, Paillard, Wahl (à Versailles), Douatte (irrégulièrement), Auriacombe (à Toulouse), Colson (à Tours) et Duvauchelle (à Rouen) occupaient le devant de la scène musicale des orchestres de chambre, tous avec un répertoire classique et baroque. Les Solistes de Paris voulaient pour leur part occuper ce créneau particulier qui allait de la musique de Haydn au contemporain. L'effectif était de 15 cordes, deux hautbois, deux cors, basson et les autres vents et cuivres selon le répertoire. Quelques-uns parmi meilleurs jeunes musiciens de la génération des 20-30 ans en faisaient partie.
Un des concerts importants eut lieu le 11 mai 1967 dans le cadre des Heures musicale de Saint-Séverin à Paris. Le Stabat Mater de Haydn y était entendu, 200 ans après qu'il ait été écrit et pour la première fois depuis l'année 1781 qui avait vu sa création triomphale à Paris. Au programme du même concert, le concerto en ut pour violoncelle était interprété par un Paul Tortelier enthousiasmé par l'orchestre.
Le premier enregistrement important des Solistes de Paris fut un disque Haydn (44ème symphonie et concerto pour violon et clavecin) qui fut particulièrement bien accueilli par la critique et allait même, au fil des pressages successifs et des avatars de distribution, se vendre jusque dans les amériques.
Le musicologue H. C. Robbins Landon écrivit que « Secondo di me, la sinfonia è una delle migliori presentazioni su disco di Haydn che ho sentito per anni (...) », Jean Roy vanta une « interprétation enthousiaste » (Télérama), Jean Hamon parla de la « meilleure version de ces deux œuvres par la vie, la jeunesse passionnée, le lyrisme, la ferveur poétique qui en habitent les protagonistes… » (Combat) et Marc Vignal se félicita d'une « admirable réussite qu'on aimerait voir se poursuivre dans une exploration méthodique du domaine symphonique du maître d'Esterhaz. » (Diapason). Un vœu qui resta sans lendemain fut le projet qui aurait réuni autour de la musique de Haydn et sous la houlette de Robbins-Landon qui travaillait alors sur une édition intégrale urtext, les Solistes de Paris, le pianiste Paul Badura-Skoda et l'ensemble Melkus de Vienne. Il ne put se réaliser au dernier moment, faute de moyens suffisants et d'intérêt des maisons de disques pour des oeuvres aussi peu rémunératrices.
Pour équilibrer les styles, l'orchestre enregistrait également le Concerto franco-américain de Jean Wiéner avec le compositeur au piano, commençant ainsi une collaboration musicale et amicale qui allait se prolonger dans les programmes de concerts après la disparition du compositeur. Allant plus loin encore, l'orchestre participait à un certain nombre d'expériences musicales dans ce qu'on appelait à l'époque le « troisième courant » qui réunissait jazz et musique classique. Deux disques allaient naître de cette collaboration, avec en particulier le concerto « Aleatorica-Blues 1 » de Claude Lenissois qui était créé au cours d'un concert de premières auditions à l'École Normale de musique de Paris avec trois autres premières d'Eric Gaudibert (Variations), Antoine Tisné (A une ombre) et Michel Fusté (Contrastes), toutes écrites à la demande du chef de l'orchestre.
Comme en France les choses ne se passent jamais simplement la qualité de l'ensemble ne passa pas inaperçue (des autres chefs d'orchestres) et un beau jour une subvention du Ministère nouvellement créé fut attribuée à un chef d'orchestre qui n'avait pas encore d'orchestre qui s'empressa de le débaucher les musiciens des Solistes (la petite histoire racontait que les dossiers s'étaient mélangés, mais un célèbre critique de l'époque ne fut pas étranger au tour de passe passe...). Cet orchestre de chambre n'allait d'ailleurs durer que jusqu'à la création de l'Orchestre de Paris qui allait, à son tour, l'engloutir.
Il fallut donc recommencer à zéro, avec une nouvelle équipe autour du violoniste Christian Crenne, qui n'eut que le temps de s'affirmer car bientôt ces "nouveaux" Solistes étaient absorbés par la préfiguration de l'Orchestre de chambre de Paris. La qualité payait donc, mais profitait aux autres.

La première partie des années soixante-dix s'effectuait donc avec une troisième équipe musicale qu'on pourrait qualifier de transitoire. Ce n'est pas la plus brillante de l'histoire de l'orchestre et elle connut des hauts et des bas, principalement pour des raisons budgétaires. Les subventions du Ministère sont revenues, mais elles sont alors ridicules et la vogue naissante du baroque fait que l'orchestre ne pourra subsister qu'avec une équipe réduite et en jouant un répertoire restreint mais à la mode. Néanmoins, désireux de préserver son originalité dans ces deux domaines, à côté des concertos pour trompette(s), guitare(s) et autres, qu'il faut absolument programmer pour attirer les contrats, il va s'attacher à exhumer des œuvres peu connues du baroque italien et notamment de Vivaldi (du Fonds Foà de Turin), mais aussi françaises (Couperin) et anglaises (contemporains de Shakespeare). La soprano italienne Anna-Maria Bondi devient la soliste principale de l'ensemble qui va parcourir le monde, allant jusqu'en en Afrique et sur l'île de la Réunion, et donnant de nombreux concerts radiodiffusés. L'ensemble participe également à de nombreuses manifestations dans le cadre d'une initiation à la musique dans les milieux ouvriers et des Centres d'action sociale et culturelle des entreprises de l'Etat. Plusieurs disques de qualités très diverses sont enregistrés. Cela va du très moyen à l'excellent. Il est intéressant de noter que l'orchestre poursuit sa politique qui est de redécouvrir des partitions inconnues ou méconnues et de favoriser l'éclosion des futurs talents de demain. Ainsi les trompettistes Guy Touvron et Bernard Soustrot font-ils leurs débuts en concert et au disque ces années-là.  
De tous les enregistrements de cette période, il faut ressortir l'anthologie de la musique pour voix et instruments de Villa-Lobos qu'Anna-Maria Bondi enregistre avec la pianiste Françoise Petit et les musiciens des Solistes de Paris. Cet enregistrement qui fut un des derniers pour lequel officiait l'ingénieur du son André Charlin fut sélectionné par l'Académie du disque français en 1972 et connut un vif succès en France aussi bien qu'au Brésil et Madame Villa-Lobos tint à remercier elle-même les interprètes. Un autre enregistrement avait précédé qui avait reçu un excellent accueil de la critique et des mélomanes comportait trois motets de Vivaldi qui provenaient des recherches du chef d'orchestre des Solistes à Turin. On parla alors d'une interprétation « de grande classe » (Diapason) et on y vantait les « qualités rares de style et de sens poétique que l'on connaît à son chef. »
A cette époque, Raymond d'Arco était devenu le violon solo de l'ensemble, assurant une transition avec les années 1975 à 1978. Les musiciens du premier ensemble des années soixante revenaient voir Henri-Claude Fantapié et lui proposaient de recréer - dix ans plus tard - l'ensemble original, à quelques éléments près. Dans la corbeille de ce retour il y avait le critique musical Gavoty et une subvention plus importante du Ministère de la Culture. L'orchestre était soutenu par un nouveau bureau de concert et, pendant quatre ans, le rythme allait s'accélérer dans des conditions très professionnelles, le cadre des festivals européens les plus importants et avec des solistes internationaux comme Mstislav Rostropovitch, Henryk Szeryng, Nicanor Zabaleta, Pavel et Leonid Kogan, Mady Mesplé, Tamas Vesmas, etc. Un seul enregistrement notable est à signaler, celui en 1977 de l'intégrale des 17 Sinfonie de Domenico Scarlatti qui, pour être resté la version de référence de ces ouvrages mineurs, n'en est pas non plus le témoignage le plus représentatif de l'originalité et de la personnalité des Solistes de Paris.
C'est à ce moment qu'après Manzone, Crenne et d'Arco, l'orchestre eut en Raphaëlle des Graviers son dernier - mais non moindre - violon solo. Cette période allait culminer en novembre 1981 avec une tournée en Autriche et un ultime concert à Vienne dans la Mozartsaal. Après quoi, l'orchestre se contenta de remplir ses engagements précédemment pris pour la saison suivante et en 1982 il interrompit ses activités. Le choix était alors simple, où il fallait continuer à assurer un rôle de faire valoir en accompagnant des solistes renommés ou il fallait abdiquer devant des organisateurs qui ne juraient plus que par la mode récente des instruments anciens et - par opportunisme - suivre une vague purement commerciale. Les subventions du Ministère qui s'étaient interrompues suivaient aussi cette ligne et allaient à certains ensembles spécialisés dans la musique ancienne ou la musique contemporaine. Aucun des orchestres de chambre qui travaillaient dans les années soixante ne put survivre, à l'exclusion de celui de Toulouse, qui était municipal. Henri-Claude Fantapié qui enseignait depuis plusieurs années la direction d'orchestre décida de se consacrer à cette seule occupation et à la formation d'orchestres de jeunes. Auparavant l'orchestre enregistra une de ses plus belles réalisations et revint à ses sources avec le Stabat Mater de Haydn. L'enregistrement fut précédé de nombreux concerts donnés dans le cadre du Festival d'Île de France, avec l'ensemble vocal Philippe Caillard. La critique en fit l'enregistrement de référence face à un grand nombre de versions concurrentes et loua la réalisation et la remarquable construction dans le choix des tempi, l'atmosphère poignante (Harmonie), la ferveur (J. Dupart), la tension dramatique (Cahiers du disque chrétien), la « pureté bouleversante » (Aspects de la France), la « minutie, le sentiment exact du tempo et des nuances » (Diapason).
L'orchestre donna ses derniers concerts à Noisy-le-Sec, ville dont Henri-Claude Fantapié était le directeur du conservatoire agréé et dont plusieurs musiciens (dont la contrebassiste Chantal Raffo depuis 1969) étaient professeurs. Au programme il y eut en particulier Vivaldi, Mozart, Saint-Saëns et Bartok, ainsi qu'une commande de circonstance (médiocre d'ailleurs) écrite par le chef.  Une sorte de bref résumé de l'histoire de l'orchestre, par la variété des oeuvres et des genres ainsi que par la vaste période de l'histoire de la musique qui était ainsi embrassée.
Henri-Claude Fantapié n'imaginait alors pas que l'aventure de la direction allait se prolonger d'une toute autre manière...
P.S. Le nom des Solistes de Paris, tel un phénix, est réapparu dernièrement sur ls affiches de concerts, sans que nous y soyons pour rien. Tant mieux, ce n'est après tout qu'un nom générique ! La vie continue et nous souhaitons bonne chance à tous les futurs Solistes de Paris qui naîtront, mourront et renaîtront encore.

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